{"id":32,"date":"2015-03-14T16:33:44","date_gmt":"2015-03-14T15:33:44","guid":{"rendered":"http:\/\/justiceordinaire.noblogs.org\/?p=32"},"modified":"2015-03-14T16:33:44","modified_gmt":"2015-03-14T15:33:44","slug":"audience-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/justiceordinaire.noblogs.org\/?p=32","title":{"rendered":"Audience 5"},"content":{"rendered":"<p><strong>13h50<\/strong><\/p>\n<p>Je gravis les nombreuses marches menant au tribunal. \u00c0 l&rsquo;entr\u00e9e je dois me soumettre au contr\u00f4le de s\u00e9curit\u00e9\u00a0: je vide mes poches, montre l&rsquo;int\u00e9rieur de mon sac et passe entre le portique de s\u00e9curit\u00e9, ouf je suis pass\u00e9e\u00a0! La personne qui me suit a plus de difficult\u00e9s&#8230; En b\u00e9quille elle doit n\u00e9anmoins faire l&rsquo;effort de passer sans leur aide pour que le portique puisse avoir une certaine utilit\u00e9&#8230; Mais le bip retentit tout de m\u00eame, on fait repasser la personne \u00e0 qui on demande de se d\u00e9faire de sa ceinture. Elle passe de nouveau mais encore une fois \u00e7a bippe. Elle repasse une troisi\u00e8me fois&#8230; Cette fois c&rsquo;est bon\u00a0! On l&rsquo;autorise enfin \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer ses affaires et \u00e0 se rendre dans la salle d&rsquo;audience.<\/p>\n<p><strong>13h55<\/strong><\/p>\n<p>Les proches des pr\u00e9venu\u00b7e\u00b7s se sont d\u00e9j\u00e0 install\u00e9\u00b7e\u00b7s dans la salle. Quelques avocat\u00b7e\u00b7s sont aussi pr\u00e9sent\u00b7e\u00b7s. Les gens discutent tout bas entre eux. Un avocat fait une derni\u00e8re mise au point avec son client. Et on attend.<\/p>\n<p><strong>14h05<\/strong><\/p>\n<p>Les juges entrent dans la salle. Tout le monde se l\u00e8ve et on attend le signal donn\u00e9 par le pr\u00e9sident pour se rasseoir. La longue apr\u00e8s-midi d&rsquo;audiences peut commencer.<\/p>\n<p>L&rsquo;intervention d&rsquo;une avocate au sujet d&rsquo;un mouvement de gr\u00e8ve au sein de la magistrature rend le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e9nements un peu moins monotone qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;accoutum\u00e9e. J&rsquo;entends assez mal son discours autour de la question de l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;avocat, il y a du bruit dans la salle et l&rsquo;avocate en question ne parle pas tr\u00e8s fort.<\/p>\n<p>S&rsquo;en suit un certains nombre de demandes de renvoi justement \u00e0 cause de cette gr\u00e8ve.<\/p>\n<p><strong>14h10<\/strong><\/p>\n<p>Derni\u00e8re demande de renvoi. Le pr\u00e9venu est pr\u00e9sent et s&rsquo;avance \u00e0 la barre. Alors que le juge commence \u00e0 parler, le pr\u00e9venu lui coupe la parole&#8230; Le juge intervient aussit\u00f4t et s&rsquo;agace\u00a0: \u00ab\u00a0attendez, laissez-moi finir\u00a0!\u00a0\u00bb. Mais le pr\u00e9venu ne le laisse pas poursuivre et commence lui aussi \u00e0 s&rsquo;\u00e9nerver \u00ab\u00a0de toute fa\u00e7on rien n&rsquo;est jamais \u00e0 mon avantage\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0; il n&rsquo;est de toute \u00e9vidence pas d&rsquo;accord avec cette demande de renvoi sollicit\u00e9 par son avocat&#8230; Le juge lui r\u00e9pond alors \u00ab\u00a0il va falloir que vous vous calmiez, je ne supporte pas que vous me parliez comme \u00e7a\u00a0!\u00a0\u00bb. Le pr\u00e9venu continue de rousp\u00e9ter \u00e0 voix basse \u00ab\u00a0faut pas \u00eatre press\u00e9\u00a0\u00bb. Malgr\u00e9 son insistance, la demande de renvoi est accept\u00e9e et fix\u00e9e deux mois plus tard.<\/p>\n<p><strong>14h15<\/strong><\/p>\n<p>Une nouvelle affaire commence. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un homme retrait\u00e9, poursuivi pour appels t\u00e9l\u00e9phoniques malveillants, harc\u00e8lement sexuel et tentative d\u2019agression sexuelle sur mineur de quinze ans. Le juge note l&rsquo;absence du pr\u00e9venu, et s&rsquo;en d\u00e9sole en souriant \u00ab\u00a0\u00e7a aurait pu \u00eatre int\u00e9ressant qu&rsquo;il soit l\u00e0\u00a0\u00bb. Il \u00e9voque la personnalit\u00e9 bipolaire de l&rsquo;accus\u00e9 et fait la lecture de son \u00e9tat civil. Il poursuit sur la description de sa personnalit\u00e9 d\u2019un ton enjou\u00e9, en citant le pr\u00e9venu lui-m\u00eame \u00ab\u00a0il se d\u00e9crit comme artiste, po\u00e8te, passionn\u00e9 de photographie\u00a0\u00bb. Son casier est vide. <\/p>\n<p>Le rapport de l\u2019expert indique qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un homme d&rsquo;une forte corpulence, d&rsquo;un niveau intellectuel sup\u00e9rieur, qui a une intol\u00e9rance \u00e0 la frustration, qui est proc\u00e9durier&#8230; Il est bien connu de l\u2019h\u00f4pital o\u00f9 il a fait des s\u00e9jours pour troubles comportementaux, ainsi que des gendarmes qui l\u2019y ont conduit car il refusait de prendre les m\u00e9dicaments prescrits par son psychiatre. Le juge commente cette lecture en indiquant que le pr\u00e9venu se d\u00e9crit comme \u00ab\u00a0simplement excessif\u00a0\u00bb. Le rapport conclut que le pr\u00e9venu est \u00ab\u00a0m\u00e9diocrement accessible \u00e0 une sanction p\u00e9nale\u00a0\u00bb et pr\u00e9sente des \u00ab\u00a0difficult\u00e9s d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une \u00e9bauche de remise en cause.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la premi\u00e8re plainte d\u2019une mineure, plusieurs plaintes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9es \u00e0 son encontre pour des faits similaires auxquels s\u2019ajoutent des menaces, injures et chantage. Des personnes qui ont eu, selon le juge, \u00ab\u00a0\u00e0 souffrir des agissements de M. Martin\u00a0\u00bb. Le juge fait alors l&rsquo;\u00e9num\u00e9ration des victimes et de leurs plaintes, pendant pr\u00e8s d&rsquo;une demi-heure. Il y a en tout une dizaine de personnes qui se portent ici parties civiles, mais seules deux d&rsquo;entre elles sont pr\u00e9sentes, notamment la mineure qui a port\u00e9 plainte pour tentative d\u2019agression sexuelle. Des observations sont demand\u00e9es \u00e0 l\u2019avocat du pr\u00e9venu qui cite \u00e9galement des probl\u00e8mes de sant\u00e9 physique de la part de son client, le juge commente \u00ab\u00a0il n\u2019y a pas que dans la t\u00eate que \u00e7a ne va pas tr\u00e8s bien\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>Je ne vais pas relater ici toutes les affaires \u2013 quoi que le juge ne s\u2019y soit pas tromp\u00e9, alternant, en l\u2019absence du pr\u00e9venu, entre les citations des parties civiles, celles du pr\u00e9venu \u2013 insultes comprises \u2013 et des extraits de l&rsquo;enqu\u00eate (relev\u00e9s t\u00e9l\u00e9phoniques, courriers&#8230;). Le juge relate les plaintes et les auditions qu\u2019il qualifie avec ironie d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0int\u00e9ressantes\u00a0\u00bb comme s\u2019il racontait une bonne histoire \u00e0 un public \u00e0 divertir \u2013 \u00ab\u00a0il dit alors\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0et il va r\u00e9pondre longuement\u00a0\u00bb \u2013 mettant le ton lorsque qu&rsquo;il lit les d\u00e9clarations des parties civiles et du pr\u00e9venu et se permettant d\u2019interpr\u00e9ter ce qui est dit \u00ab\u00a0enfin c&rsquo;est comme \u00e7a que j&rsquo;ai interpr\u00e9t\u00e9 sa r\u00e9ponse\u00a0\u00bb. L\u00e0 o\u00f9 M. Martin explique son comportement par la faute des victimes \u00ab\u00a0mais ils me devaient 2000 euros\u00a0!\u00a0\u00bb le juge conteste sa justification en s&rsquo;exclamant \u00ab\u00a0il se pr\u00e9sente toujours comme une victime\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;une des deux parties civiles pr\u00e9sentes, \u00e0 peine arriv\u00e9e \u00e0 la barre, est presque imm\u00e9diatement \u00e9cart\u00e9e par un \u00ab\u00a0je suis un peu surpris de vous voir\u00a0\u00bb car il a en fait retir\u00e9 sa plainte.<\/p>\n<p>Le juge reprend ensuite son \u00e9num\u00e9ration en s&rsquo;excusant \u00ab\u00a0je sais que ce que je dis est un peu r\u00e9p\u00e9titif mais c&rsquo;est important d&rsquo;entendre ce que chaque victime a v\u00e9cu\u00a0\u00bb. On retient plusieurs harc\u00e8lements t\u00e9l\u00e9phoniques aupr\u00e8s de professionnels (m\u00e9decin, femme de m\u00e9nage, plombier, banquier&#8230;), mais aussi du harc\u00e8lement sexuel aupr\u00e8s de proches. Neuf victimes au total ayant d\u00e9pos\u00e9 plainte. Le r\u00e9cit fait de nouveau rire l&rsquo;assistance lorsque le juge s\u2019\u00e9tend sur la tenue dans laquelle le pr\u00e9venu a re\u00e7u son plombier-chauffagiste, laissant appara\u00eetre une plaie sur sa jambe dont il avait semble-t-il coutume de se plaindre, \u00ab\u00a0Vous me rassurez, M. Martin il est toujours vivant\u00a0?\u00a0\u00bb, s\u2019adressant \u00e0 l&rsquo;avocat de la d\u00e9fense. La m\u00e8re de la jeune fille partie civile elle-m\u00eame ne peut s\u2019emp\u00eacher de r\u00e9agir, pouffant avec son avocate, lorsqu\u2019elle ne soupire pas de consternation.<\/p>\n<p>On arrive \u00e0 l&rsquo;affaire de la jeune fille \u2013 Mlle Pont. Le juge \u00e9voque les faits\u00a0: M. Martin serait devenu un ami de la famille, et aurait \u00e9t\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement invit\u00e9 \u00e0 manger chez eux. Bien qu&rsquo;un peu encombrant il faisait beaucoup de cadeaux \u00e0 toute la famille. La m\u00e8re de la jeune fille dira \u00ab\u00a0qu\u2019 il sait y faire\u00a0\u00bb. Ce contexte pos\u00e9, elle commence \u00e0 relater les faits. Le pr\u00e9venu emm\u00e8ne avec lui la jeune fille pour aller faire du shopping. Le juge l\u2019interrompt \u00ab\u00a0pourquoi vous laissez votre fille seule partir avec M. Martin\u00a0?\u00bb, elle r\u00e9pond, confuse \u00ab\u00a0 mais il a insist\u00e9\u00a0\u00bb, le juge r\u00e9torque alors \u00ab\u00a0moi j&rsquo;ai une fille du m\u00eame \u00e2ge, il ne me viendrait pas \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de laisser ma fille seule avec quelqu&rsquo;un\u00a0\u00bb. La m\u00e8re s&#8217;embrouille un peu dans ses explications, le juge conclut \u00ab\u00a0vous n&rsquo;avez pas \u00e9t\u00e9 assez ferme dans votre refus\u00a0\u00bb. Le r\u00e9cit reprend\u00a0: dans la voiture M. Martin demande \u00e0 Mlle Pont si elle peut lui faire un \u00ab\u00a0bisou\u00a0\u00bb, ce \u00e0 quoi elle r\u00e9pond \u00ab\u00a0si tu le fais je t&rsquo;en mets une\u00a0\u00bb, ils font ensuite les magasins, puis ils vont se balader dans un parc. Mlle Pont se rend compte alors que M.Martin a pris des photos d&rsquo;elle en cadrant sur ses fesses et ses seins. Surprise, elle dit les effacer aussit\u00f4t. Le juge:\u00a0\u00ab\u00a0Pourquoi vous les effacez,\u00a0vous auriez pu attendre et lui demander pourquoi il avait pris ces photos\u00a0?\u00a0\u00bb, Mlle Pont ne r\u00e9pond pas. \u00ab\u00a0Non\u00a0?\u00a0\u00bb insiste le juge. Elle r\u00e9pond tout bas \u00ab\u00a0oui j&rsquo;aurais pu\u00a0\u00bb et ajoute \u00ab\u00a0j&rsquo;avais peur de sa r\u00e9action\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Puis le juge continue de raconter le d\u00e9roulement de la journ\u00e9e, entre autre les propos du pr\u00e9venu et ce moment o\u00f9 il pose sa main sur la cuisse de Mlle Pont et sa tentative de l\u2019embrasser. \u00c0 ce moment, Mlle Pont d\u00e9clare avoir r\u00e9agi vivement, lui disant \u00ab\u00a0si tu le refais je te fous une baffe\u00a0\u00bb. Le juge la remet alors en doute : \u00ab\u00a0l\u00e0 vous n&rsquo;avez pas eu peur de sa r\u00e9action\u00a0?\u00a0\u00bb, Mlle Pont ne r\u00e9agit pas, \u00ab\u00a0Bon. C&rsquo;est pas une critique hein\u00a0!\u00a0\u00bb, elle baisse les yeux et ne dit rien. Il reprend l&rsquo;affaire et raconte que le pr\u00e9venu aurait, plus tard, gliss\u00e9 un pr\u00e9servatif dans les affaires de la chambre de Mlle Pont et lui demande de confirmer \u00ab\u00a0vous maintenez pour les pr\u00e9servatifs\u00a0?\u00a0\u00bb, encore une fois Mlle Pont r\u00e9pond doucement \u00ab\u00a0oui, oui\u00a0\u00bb. Le juge parle aussi du harc\u00e8lement t\u00e9l\u00e9phonique qu&rsquo;elle a subi et lit quelques exemples.<\/p>\n<p><strong>15h15<\/strong><\/p>\n<p>Le juge revient sur les d\u00e9clarations de M. Martin par rapport \u00e0 cette histoire en commen\u00e7ant par \u00ab\u00a0je fais tr\u00e8s court parce que M. Martin il n\u2019est pas dans la synth\u00e8se\u00a0\u00bb (il regarde son assesseur et ils \u00e9changent un sourire). Il revient notamment sur l&rsquo;histoire des photos. M. Martin d\u00e9clarait qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas cadr\u00e9 sur les fesses ou les seins de Mlle Pont mais sur son nez et ses oreilles. Le juge s&rsquo;exclame alors \u00ab\u00a0j&rsquo;aurais bien voulu savoir pourquoi il a dit prendre des photos du nez, fort joli par ailleurs et des oreilles de Mlle Pont\u00a0?\u00a0\u00bb. Les gens dans la salle rigolent, pas Mlle Pont.<\/p>\n<p>Le juge parle d&rsquo;un message vocal laiss\u00e9 sur le t\u00e9l\u00e9phone de Mlle Pont par M. Martin et lui demande de le r\u00e9p\u00e9ter. Mlle Pont s&rsquo;ex\u00e9cute mais le juge l\u2019interrompt\u00a0: \u00ab\u00a0parlez plus fort\u00a0\u00bb. Elle r\u00e9p\u00e8te donc. Le juge commente \u00ab\u00a0c&rsquo;est encore dommage qu&rsquo;il ne soit pas l\u00e0, je lui aurais pos\u00e9 des questions sur ce message\u00a0\u00bb. Le juge rigole un peu ensuite lorsqu&rsquo;il lit la d\u00e9claration de M. Martin \u00ab\u00a0Je n\u2019ai rien \u00e0 dire, j\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 pris pour un pigeon\u00a0\u00bb et commente ses d\u00e9clarations par \u00ab\u00a0C\u2019est une r\u00e9ponse \u00e0 la Fernand Raynaud\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le juge interroge ensuite la m\u00e8re de Mlle Pont qui s&rsquo;explique \u00ab\u00a0j\u2019ai cru rendre service \u00e0 quelqu&rsquo;un de seul et je me suis fait avoir, il sait y faire\u00a0\u00bb. Elle explique qu&rsquo;il lui disait, pour qu&rsquo;elle r\u00e9ponde favorablement \u00e0 ses demandes que c&rsquo;\u00e9tait pour que \u00ab\u00a0sa fin soit plus douce\u00a0\u00bb (M. Martin a des soucis de sant\u00e9), le juge dit alors que \u00ab\u00a0c&rsquo;est une mort lente si j&rsquo;ai bien compris\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>Le juge conclut\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e7a aurait \u00e9t\u00e9 plus vivant si M. Martin avait \u00e9t\u00e9 l\u00e0\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>15h30<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 l\u2019avocate de la partie civile, donc de Mlle Pont et de sa m\u00e8re, de s&rsquo;exprimer. Elle est assez jeune et ne parle pas tr\u00e8s fort \u2013 je ne parviens pas entendre tout ce qu&rsquo;elle dit. Elle commence par remercier le juge de son instruction mais ajoute \u00ab\u00a0je vous remercie un peu moins pour les questions que vous avez pos\u00e9 \u00e0 mes clientes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0je d\u00e9plore que le malaise \u00e7a soit elles qui le ressentent\u00a0\u00bb. Elle a ensuite une plaidoirie sensible, qui insiste sur une \u00ab\u00a0famille ouverte\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0modeste\u00a0\u00bb. Pour elle le pr\u00e9venu \u00ab\u00a0sait ce qu&rsquo;il fait, il est dans la r\u00e9alit\u00e9 des choses\u00a0\u00bb. Elle lit ensuite le long message vocal laiss\u00e9 sur la messagerie de Mlle Pont, \u00e0 l\u2019occasion duquel il d\u00e9crit son d\u00e9sir pour elle. Le juge lui coupe alors la parole\u00a0: il n&rsquo;a pas lu ce message devant tout le monde, par peur que \u00e7a soit trop difficile pour la victime. L&rsquo;avocate perd alors ses moyens, elle rougit, retrousse ses manches et a beaucoup de mal \u00e0 lui r\u00e9pondre et \u00e0 reprendre sa plaidoirie. Elle conclut finalement assez vite \u00e0 sa demande de peine.<\/p>\n<p>Le procureur demande une \u00ab\u00a0peine dissuasive\u00a0\u00bb\u00a0: quatre ans d\u2019emprisonnement avec sursis et une amende de 500 euros, ainsi que les dommages et int\u00e9r\u00eats demand\u00e9s par les parties civiles. Elle demande aussi son inscription au fichier judiciaire des auteurs d\u2019infraction sexuelle.<\/p>\n<p>Le juge donne la parole \u00e0 l&rsquo;avocat de la d\u00e9fense, rappelant encore une fois que la pr\u00e9sence du pr\u00e9venu manque ici. L\u2019avocate entame sa plaidoirie\u00a0: \u00ab\u00a0sa pr\u00e9sence nous manque-t-elle r\u00e9ellement\u00a0?\u00a0\u00bb, car selon lui \u00ab\u00a0les explications vous ne les auriez pas eu\u00a0\u00bb. Il ajoute que c&rsquo;est \u00ab\u00a0le genre de client que vous h\u00e9sitez \u00e0 prendre\u00a0\u00bb. Il en parle avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et humour en racontant quelques anecdotes (cadeaux de son client, \u00e9paisseur des dossiers qu&rsquo;il constitue&#8230;). Toute la salle, ainsi que les parties civiles, leur avocate et le juge rigolent franchement. L&rsquo;avocat en rajoute \u00ab\u00a0on le range dans la cat\u00e9gorie des fous\u00a0\u00bb, ou encore \u00ab\u00a0on a \u00e0 faire \u00e0 quelqu&rsquo;un de cingl\u00e9\u00a0\u00bb. Puis il change soudainement de ton et parle alors d&rsquo;un \u00ab\u00a0individu en souffrance\u00a0\u00bb. Il reconna\u00eet le harc\u00e8lement t\u00e9l\u00e9phonique et sexuel tout en remettant en question l&rsquo;attitude de la m\u00e8re. Il explique, en s&rsquo;adressant \u00e0 la m\u00e8re de la victime, que \u00ab\u00a0moi c&rsquo;est ma fille, les warnings s&rsquo;allument\u00a0\u00bb et s&rsquo;\u00e9tonne de son manque de r\u00e9action dans l&rsquo;affaire. Il revient aussi sur l&rsquo;attitude de la jeune fille lors des faits. Selon lui lorsqu&rsquo;elle r\u00e9pond \u00e0 M. Martin \u00ab\u00a0si tu le fais je t&rsquo;en mets une\u00a0\u00bb elle n&rsquo;est pas tant en position de domin\u00e9e et il se pose alors la question du rapport d&rsquo;autorit\u00e9 entre les deux protagonistes. Il encha\u00eene en disant que leur relation ne devait pas trop perturber Mlle Pont qui n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 aller faire les magasins avec M. Martin, sans s&rsquo;inqui\u00e9ter. Il finit en s&rsquo;\u00e9tonnant que Mlle Pont ait effac\u00e9 les photos trouv\u00e9es sur l&rsquo;appareil photo de M.Martin, alors qu&rsquo;elle aurait pu les garder comme preuves. Enfin, il tente de faire relaxer son client pour l&rsquo;agression sexuelle en mettant en question le fait qu&rsquo;un \u00ab\u00a0carressage\u00a0\u00bb de cuisse puisse \u00eatre qualifi\u00e9 d&rsquo;agression sexuelle.<\/p>\n<p>L\u2019audience est close, le d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 remis \u00e0 une date ult\u00e9rieure.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>13h50 Je gravis les nombreuses marches menant au tribunal. \u00c0 l&rsquo;entr\u00e9e je dois me soumettre au contr\u00f4le de s\u00e9curit\u00e9\u00a0: je vide mes poches, montre l&rsquo;int\u00e9rieur de mon sac et passe entre le portique de s\u00e9curit\u00e9, ouf je suis pass\u00e9e\u00a0! La &hellip; <a href=\"https:\/\/justiceordinaire.noblogs.org\/?p=32\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":9006,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-32","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-general"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/justiceordinaire.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/32","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/justiceordinaire.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/justiceordinaire.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/justiceordinaire.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/9006"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/justiceordinaire.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=32"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/justiceordinaire.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/32\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":33,"href":"https:\/\/justiceordinaire.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/32\/revisions\/33"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/justiceordinaire.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=32"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/justiceordinaire.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=32"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/justiceordinaire.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=32"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}